Le Vote Front National, Quelle Analyse Géographique ?

Commentaire par Etienne CAMUS et Louis VIS (English Translation)

Depuis sa création en 1984, le Front National (FN) semble gagner chaque année en popularité. En réalité la répartition des votes FN est restée assez stable depuis sa percée aux élections présidentielles en 2002. Alors que les élections présidentielles de 2017 commencent doucement à animer les débats de la sphère politique française, il pourrait s’avérer intéressant de tenter d’analyser les motivations du vote frontiste à l’aide de deux ouvrages d’Hervé Le Bras – Directeur d’études à l’Institut d’études démographiques (Ined) et enseignant à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) – Atlas des Inégalités: Les Français Face à la Crise, et Le Pari du FN.

Dans ces deux livres, M. Le Bras démontre que la montée du FN est fortement corrélée à la croissance des inégalités en France. En effet, il remarque que le pourcentage de votes FN est plus important dans les zones à plus grande précarité que dans les zones plus aisées. C’est ainsi qu’entre les élections présidentielles de 2002 et celles de 2012, on a pu constater une désolidarisation de 20% des électeurs FN avec le parti en Rhône-Alpes, en Alsace, ainsi que dans les régions de Toulouse et Paris. Ces régions à fort potentiel économique se caractérisent par un taux de chômage et d’inégalités moins élevé, un meilleur niveau d’éducation et une économie plus florissante. De manière générale le FN a également dû faire face à un fort recul de son électorat dans toutes les grandes villes et métropoles de France, allant jusqu’à 10% dans les métropoles de la côte méditerranéenne. Au contraire, une augmentation du pourcentage de votes bleu marine (jusqu’à +50%) est observée dans l’Ouest, le Nord-Ouest et les parties rurales de la France. Ainsi, comme le synthétise bien notre Carte 2, l’attrait pour le front national est loin d’être uniforme sur l’ensemble du territoire Français. Il varie en effet de façon inversement proportionnel au dynamisme des zones géographiques.

Géographie du vote FN en région parisienne. Crédit: Hervé Le Bras
Carte 1: La géographie du vote FN en région parisienne. Crédit: Hervé Le Bras dans Le Pari du FN, p. 59

Selon Hervé le Bras il apparaît que les territoires accueillant le plus d’immigrés ne sont pas ceux où le vote FN est le plus élevé. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il n’y a donc pas de corrélation directe entre les deux. Une analyse plus précise de la région parisienne fait clairement apparaître un vote FN plus faible dans les cités ainsi que les arrondissements les plus cosmopolites de Paris que dans le nord ou le centre de la France. Entre 2010 et 2012 « on s’aperçoit que plus on s’éloigne du centre de la capitale, plus la proportion d’immigrés décroît, et plus le vote FN augmente » (voir Carte 1). Cette tendance est toujours d’actualité. L’analyse du vote FN montre en effet que l’éloignement des grandes agglomérations va de pair avec la progression de l’extrême droite (voir Carte 2). Il semblerait par conséquent que la cohabitation avec des populations cosmopolites et immigrées n’incite pas à voter pour le front national, bien au contraire !

Les gains et les pertes de du FN entre 2002 et 2012. Crédit: Hervé Le Bras
Carte 2: Les gains et les pertes de du FN entre les élections 2002 et 2012. Crédit: Hervé Le Bras dans Le Paris du FN, p. 110.

Notre deuxième carte (Carte 2) proposée met également en évidence la baisse du vote frontiste dans les régions frontalières de l’est du pays alors que celui-ci est en forte hausse dans les régions isolées (diagonale du vide et régions montagneuses où l’ouverture sociale est plus difficile). Il semblerait donc que la crainte exprimée vis à vis des populations étrangères soit la plus forte parmi les couches de la population qui les côtoient le moins. Le vote FN paraît par conséquent être majoritairement motivé par une peur irrationnelle de la différence, peur exploitée par la propagande populiste bien huilée des instances du parti. Or tout vote fondé sur une peur irrationnelle ne perd-il pas de sa légitimité ?

In fine, dynamisme et cosmopolitisme sont les deux ennemis du front national qui « ne propose aucun programme cohérent ni réaliste. Il donne seulement une forme simple, voire simpliste de la situation actuelle. Bien loin de proposer des solutions, le FN renforce [les] angoisses ». L’histoire nous montre que chaque crise fait la part belle aux nationalismes. Cependant, comme nous l’expliquait justement François Hollande au Parlement Européen le mois dernier : « à chaque crise, des peurs se manifestent. Il ne faut pas vivre dominé par la peur ». Sachons donc discerner le vote stérile dicté par la peur de celui dicté par la raison. Seul ce dernier apportera de vraies solutions…

D’AUTRES ARTICLES:

04 08 03

15 43 24

Advertisements

One thought on “Le Vote Front National, Quelle Analyse Géographique ?

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s